Biographie 1939-1945

Écrit par Rrose Selavy le 18/01/2012
Publié le 18/01/2012 - Permalien

IV

«  LE VEILLEUR DU PONT-AU-CHANGE »

1939-1945

 

Mobilisé en 1939 Desnos fait la « drôle de guerre » convaincu de la légitimité du combat contre le nazisme. Il ne se laisse abattre ni par la défaite de juin 1940, ni par l'occupation de Paris, où il vit avec Youki. Son activité radiophonique ayant cessé, il devient journaliste à Aujourd'hui, journal rapidement soumis à la censure allemande mais où il réussit à publier, « mine de rien » selon son expression, des articles de littérature qui incitent à préparer un avenir libre. La lutte est désormais clandestine. Dès 1942, il fait partie du réseau Agir, auquel il transmet des informations confidentielles parvenues au journal, tout en fabriquant par ailleurs de faux papiers pour des Juifs ou des résistants en difficulté. Sous son nom ou sous le masque de pseudonymes, il revient à la poésie. Après Fortunes (1942) qui fait le bilan des années trente, il s'adonne à des recherches où poème, chanson, musique peuvent s'allier, avec les « couplets » d'État de veille (1943) ou les Chantefables (1944) « à chanter sur n'importe quel air ». Le Bain avec Andromède (1944), Contrée (1944), les sonnets en argot poursuivent, sous des formes variées, la lutte contre le nazisme, car « ce n'est pas la poésie qui doit être libre, c'est le poète ». En 1944, Le Veilleur du Pont-au-Change, signé Valentin Guillois, pousse son vibrant appel à la lutte générale, quand le poète est arrêté, le 22 février.

D'abord prisonnier au camp de Compiègne, il est déporté au camp de Flöha en Saxe, puis évacué sous la poussée des Alliés en mai 1945 au camp de Terezin en Tchécoslovaquie. Épuisé par les mauvais traitements et les marches forcées, il y meurt du typhus le 8 juin 1945, avec l'ultime réconfort d'être reconnu par Josef Stuna et Alena Tesarova, deux jeunes Tchèques qui assistaient les déportés mourants.

Ainsi Robert Desnos sortait-il de l'anonymat d'un simple numéro de matricule tatoué sur son bras. À peine la nouvelle de sa mort était-elle connue qu'une légende prit naissance. D'un poème qu'il avait écrit en 1926 J'ai tant rêvé de toi, la dernière strophe, à travers des traductions en tchèque et en français, devint pour la conscience collective l'ultime message du poète à la femme aimée sous le titre Le Dernier Poème. La voix de Robert Desnos résonne désormais dans un poème qui a cessé de lui appartenir pour devenir la voix de tous.

 

 

 

Nous donnons ici la version du "Dernier poème" telle qu'elle a été publiée par Pierre Berger en 1949 (Seghers, Poètes d'aujourd'hui). Pour une information complète, voir Pierre Lartigue.

 

 

 

Dernière modification le 23/01/2012