Écrit par Rrose Selavy le 19/01/2012
Publié le 19/01/2012 -
Permalien
Les putains de Marseille ont des sœurs océanes
Dont les baisers malsains moisiront votre chair
Dans leur taverne basse un orchestre tzigane
Fait valser les péris au bruit lourd de la mer.
Navigateurs chantant des refrains nostalgiques,
Partis sur la galère ou sur le noir vapeur,
Espérez-vous d'un sistre ou d'un violon magique
Charmer les matelots trop enclins à la peur ?
La légende sommeille altière et surannée
Dans le bronze funèbre et dont le passé fit son trône
Des Argonautes qui voilà bien des années
Partirent conquérir l'orientale toison.
Sur vos tombes naîtront de sournois champignons
Que louangera Néron dans une orgie claudienne
Ou plutôt certains soirs les vicieux marmitons
Découvriront vos yeux dans le corps des poissons.
[...]
Extrait.
[1919]
Corps et biens (1930)
ŒUVRES, Gallimard, collection Quarto, pages 493 à 496.
Dernière modification le 19/01/2012