Les quatre sans cou

Écrit par Rrose Selavy le 19/01/2012
Publié le 19/01/2012 - Permalien

Ils étaient qui n'avaient plus de tête,

Quatre à qui l'on avait coupé le cou,

On les appelait les quatre sans cou.

 

Quand ils buvaient un verre,

Au café de la place ou du boulevard,

Les garçons n'oubliaient pas d'apporter des entonnoirs.

 

Quand ils mangeaient, c'était sanglant,

Et tous quatre chantant et sanglotant,

Quand ils aimaient, c'était du sang.

 

Quand ils couraient, c'était du vent,

Quand ils pleuraient, c'était vivant,

Quand ils dormaient, c'était sans regret.

 

Quand ils travaillaient, c'était méchant,

Quand ils rôdaient, c'était effrayant,

Quand ils jouaient, c'était différent,

 

Quand ils jouaient, c'était comme tout le monde,

Comme vous et moi, vous et nous et tous les autres,

Quand ils jouaient, c'était étonnant.

 

Mais quand ils parlaient, c'était d'amour.

Ils auraient pour un baiser

Donné ce qu'il leur restait de sang.

[...]

 

Extrait. 

[1934]
Les Sans Cou
In Fortunes (1942).
ŒUVRES, Gallimard, collection Quarto, pages 923 à 925.

Dernière modification le 19/01/2012