Écrit par Rrose Selavy le 19/01/2012
Publié le 19/01/2012 -
Permalien
Nuit putride et glaciale, épouvantable nuit,
Nuit du fantôme infirme et des plantes pourries,
Incandescente nuit, flamme et feu dans les puits,
Ténèbres sans éclairs, mensonges et roueries.
Qui me regarde ainsi au fracas des rivières ?
Noyés, pécheurs marins ? Éclatez les tumeurs
Malignes sur la peau des ombres passagères,
Ces yeux m'ont déjà vu, retentissez clameurs !
Le soleil ce jour-là couchait dans la cité
L'ombre des marronniers au pied des édifices,
Les étendards claquaient sur les tours et l'été
Amoncelait ses fruits pour d'annuels sacrifices.
Tu viens de loin, c'est entendu, vomisseur de couleuvres,
Héros, bien sûr, assassin morne, l'amoureux
Sans douleur disparaît, et toi, fils de tes œuvres,
Suicidé, rougis-tu du désir d'être heureux ?
[...]
Extrait.
[1930]
The nights of loveless night.
In Fortunes (1942).
ŒUVRES, Gallimard, collection Quarto, pages 904 à 921.
Dernière modification le 19/01/2012